
Vous avez acquis un appartement à Lisbonne, ouvert un compte à Londres, accumulé des parts dans une société à Düsseldorf. Au moment du divorce, ces biens ne disparaissent pas du bilan : ils doivent être identifiés, évalués et partagés. Mais contrairement à un bien situé en France, chaque actif étranger soulève des questions de loi applicable, d'évaluation transfrontalière et d'exécution à l'étranger que la seule décision du juge français ne règle pas toujours.
La question fondamentale est celle de la loi applicable au régime matrimonial, car c'est elle qui détermine les règles du partage — ce qui est commun, ce qui est propre, comment se calcule la liquidation.
Pour les couples mariés depuis le 29 janvier 2019 (ou ceux ayant choisi d'y adhérer antérieurement), le règlement (UE) 2016/1103 s'applique entre États membres participants pour déterminer cette loi. Le texte complet est accessible sur EUR-Lex. Ce règlement pose une hiérarchie de critères de rattachement :
Pour les couples mariés avant cette date ou impliquant des États non membres du règlement, les règles de droit international privé françaises s'appliquent, avec leur propre grille de rattachement.
Exemple : un couple franco-français marié en 2020 s'installe d'abord à Madrid pour deux ans, puis à Paris. Leur première résidence habituelle commune était en Espagne. En l'absence de choix contractuel, le règlement 2016/1103 désigne la loi espagnole comme loi applicable à leur régime matrimonial — y compris pour les biens acquis après leur installation à Paris.
Même une fois la loi du régime matrimonial déterminée, d'autres lois peuvent intervenir pour des biens spécifiques :
Pour une analyse approfondie des implications du régime matrimonial dans un contexte international, notre article sur la loi applicable au régime matrimonial international présente les critères de détermination en détail.
Pour partager équitablement, il faut d'abord évaluer. Les biens situés à l'étranger soulèvent plusieurs difficultés spécifiques à ce stade :
Notre article sur la gestion du patrimoine dans le cadre d'un divorce international développe les stratégies pour identifier et valoriser l'ensemble des actifs.
Le partage des biens dans un divorce n'est pas neutre fiscalement, et cette dimension est souvent négligée en amont. Plusieurs questions méritent d'être anticipées :
Le juge français peut ordonner un partage, attribuer un bien à l'un des époux, fixer une soulte. Mais si le bien est situé à l'étranger, la décision française ne s'exécute pas automatiquement dans le pays concerné : elle doit généralement y être reconnue puis exécutée selon les formes locales.
Dans l'espace européen, le règlement 2016/1103 organise une reconnaissance simplifiée des décisions relatives aux régimes matrimoniaux entre États membres participants. Hors UE, une procédure d'exequatur propre au pays concerné est nécessaire, avec des conditions et des délais variables. Certains pays refusent de reconnaître les décisions françaises portant sur des immeubles situés sur leur territoire si leurs propres règles de compétence ne sont pas respectées.
Anticiper cette étape dès la procédure de divorce est essentiel pour ne pas se retrouver avec une décision élégamment rédigée mais inapplicable. Notre page sur la liquidation du régime matrimonial présente notre approche de ces procédures.
L'avocat spécialisé intervient à plusieurs niveaux dans la gestion des biens étrangers. Il identifie d'abord la loi applicable au régime matrimonial et analyse les règles de partage qui en découlent. Il coordonne ensuite les expertises locales nécessaires à l'évaluation, anticipe les conséquences fiscales avec les conseils fiscaux compétents et s'assure que la décision obtenue sera exécutable dans les pays concernés.
Lorsque plusieurs pays sont impliqués, il travaille en collaboration avec des confrères locaux pour que l'opération de partage produise ses effets dans chaque état concerné. Cette coordination internationale est souvent la clé d'une liquidation aboutie. Notre cabinet intervient dans ce cadre au titre de notre pratique en divorce international.
En l'absence d'accord amiable sur l'évaluation, le juge peut ordonner une expertise judiciaire. Pour un bien à l'étranger, l'expert sera généralement un professionnel qualifié dans le pays concerné, désigné à la demande du juge ou par accord des parties.
Des mécanismes de coopération entre administrations fiscales permettent dans certains cas de détecter des avoirs non déclarés, notamment dans le cadre de l'échange automatique d'informations financières entre États adhérents à la norme CRS. Dans le cadre de la procédure judiciaire, des demandes de communication de pièces peuvent également être formulées. Un avocat spécialisé peut guider ces démarches.
Elle n'est pas automatiquement bloquée, mais elle peut être encadrée par des mesures conservatoires obtenues en cours de procédure. Si vous craignez que votre conjoint n'aliène un bien commun, votre avocat peut solliciter des mesures provisoires pour préserver vos droits.
Oui, dans certaines limites. Le règlement 2016/1103 permet aux époux de choisir ou de modifier la loi applicable à leur régime matrimonial même après le mariage, sous certaines conditions formelles et de fond. Un tel changement n'est pas anodin et mérite une analyse approfondie avant toute décision.
Compétence, loi applicable, reconnaissance des décisions : chaque dossier international a ses pièges. Le cabinet MCDP vous aide à définir une stratégie claire dès le départ. Discutons de votre situation.
Article rédigé par Maître Marie-Camille de Polignac, avocate aux Barreaux de Paris et de New York, en droit de la famille international.