
Le divorce d'un couple international ne se déroule pas comme un divorce franco-français : la question du pays compétent, de la loi applicable et de la reconnaissance de la décision à l'étranger se pose dès la première consultation. Ces trois enjeux sont indépendants les uns des autres et dépendent chacun de critères précis — nationalité des époux, lieu de leur résidence habituelle, lieu de célébration du mariage, lieu des biens. Comprendre la logique générale permet d'anticiper les risques et d'agir au bon moment.
Au sein de l'Union européenne, deux règlements harmonisent l'essentiel du droit international privé de la famille. Le règlement (UE) 2019/1111, dit « Bruxelles II ter », entrée en application en août 2022, détermine quel juge est compétent pour prononcer le divorce et statuer sur la responsabilité parentale. Il établit des critères de compétence hiérarchisés : résidence habituelle commune des époux, dernière résidence habituelle commune si l'un y réside encore, résidence habituelle du défendeur, résidence habituelle commune des époux à défaut d'autres critères… Les époux peuvent également saisir le juge de leur nationalité commune dans certains cas.
Le règlement (UE) n° 1259/2010, dit « Rome III », détermine quant à lui la loi applicable au divorce entre États membres participants (pas tous les États membres n'y participent). Il permet aux époux de choisir la loi de l'État de leur résidence habituelle ou de la nationalité de l'un d'eux, dans les limites fixées par le règlement. À défaut de choix, des critères subsidiaires s'appliquent.
L'avantage décisif du cadre européen : une décision de divorce prononcée dans un État membre est reconnue quasi automatiquement dans les autres États membres, sans procédure d'exequatur. Un divorce prononcé en Espagne vaut en France, et réciproquement. Cette fluidité disparaît dès qu'un pays tiers est impliqué.
Dès qu'un époux ou l'un des éléments du dossier (résidence, nationalité, biens) touche à un État hors UE, le cadre change radicalement. Chaque pays applique ses propres règles de droit international privé pour décider s'il accepte de reconnaître une décision étrangère. En France, la reconnaissance d'un jugement étranger passe par le contrôle de sa régularité internationale — absence de fraude, respect du contradictoire, non-contrariété à l'ordre public — ou, pour produire des effets exécutoires, par une procédure d'exequatur devant le tribunal judiciaire.
Des conventions bilatérales ou multilatérales peuvent simplifier cette reconnaissance entre certains États. Entre la France et plusieurs pays du Maghreb, des conventions de coopération judiciaire encadrent la circulation des décisions, avec des conditions propres à chaque convention. Il est impératif de vérifier l'existence et le contenu de ces instruments avant d'engager une procédure.
Depuis le 1er janvier 2021, le Royaume-Uni n'est plus lié par le règlement Bruxelles II. Les divorces franco-britanniques relèvent désormais du droit national de chaque pays et des conventions de La Haye applicables. Les règles européennes de litispendance ne s'appliquent plus : deux procédures parallèles peuvent théoriquement être engagées simultanément à Paris et à Londres, et aucune règle automatique ne tranche le conflit. Le choix du for — France ou Royaume-Uni — est devenu une décision stratégique majeure, avec des conséquences très différentes sur les droits patrimoniaux, la pension alimentaire et les modalités de garde. Pour aller plus loin, consultez notre article sur le divorce franco-britannique après le Brexit.
Les États-Unis ne sont liés par aucun des règlements européens. Chaque État américain a ses propres règles en matière de compétence juridictionnelle, de loi applicable, de partage des biens, de pension alimentaire et de garde des enfants. Il n'existe pas d'équivalent direct à la prestation compensatoire française au niveau fédéral. Un juge français peut être compétent si l'un des époux réside en France ou possède la nationalité française, mais la reconnaissance aux États-Unis d'un jugement français de divorce n'est pas automatique : elle dépend des règles de chaque État américain en matière de comity. Voir notre article dédié au divorce franco-américain pour les enjeux spécifiques.
La Convention de La Haye du 25 octobre 1980 sur l'enlèvement international d'enfants organise le retour rapide de l'enfant déplacé illicitement vers son pays de résidence habituelle. Elle lie un grand nombre d'États, mais être partie à la Convention ne garantit pas une exécution effective des décisions de retour. Le Japon en est un exemple documenté : partie à la Convention depuis 2014, il présente des difficultés pratiques d'exécution significatives, liées à l'absence traditionnelle de garde partagée dans sa culture juridique. Pour les pays non signataires, aucun mécanisme conventionnel n'existe : seule la voie diplomatique et les recours locaux sont disponibles. Notre article sur l'enlèvement parental au Japon détaille ces enjeux.
Dans un divorce international, l'avocat n'est pas seulement un rédacteur d'actes : il est un stratège. Identifier le ou les fors disponibles, évaluer les avantages et risques de chacun, choisir le moment de saisir, anticiper la reconnaissance de la décision dans chaque pays concerné — autant de décisions qui se prennent avant même le dépôt de la requête. Une erreur à ce stade peut avoir des conséquences irréversibles sur les droits patrimoniaux, la garde des enfants ou la pension alimentaire.
Le cabinet MCDP accompagne les couples franco-espagnols, franco-britanniques, franco-américains et plus généralement toutes les situations bi-nationales ou multi-nationales. Pour comprendre comment la compétence se détermine, consultez notre page dédiée aux divorces internationaux et notre article sur le juge compétent en divorce international. Pour les situations impliquant la France et la Tunisie, notre article sur le divorce franco-tunisien précise les conventions applicables.
Le ministère des Affaires étrangères français publie des informations pratiques à destination des Français à l'étranger sur diplomatie.gouv.fr.
Oui, le lieu de célébration du mariage n'est pas un critère de compétence en droit international privé français. Ce qui compte, c'est principalement la résidence habituelle des époux et/ou leur nationalité.
Pas systématiquement. Au sein de l'UE, la reconnaissance est quasi automatique. Hors UE, il faut vérifier si une convention s'applique ou engager une procédure d'exequatur. Un divorce non reconnu en France signifie que vous restez légalement marié aux yeux du droit français.
Cela dépend de la nationalité des époux, de leur résidence habituelle et, en Europe, de l'application du règlement Rome III. Les époux peuvent parfois choisir la loi applicable dans certaines limites. Cette question doit être tranchée par un avocat avant toute procédure.
En droit européen, les règles de litispendance de Bruxelles II ter permettent de trancher : le premier juge saisi reste compétent. Hors UE ou au Royaume-Uni post-Brexit, deux procédures parallèles peuvent coexister, créant un risque de décisions contradictoires. La rapidité d'action est alors déterminante.
Compétence, loi applicable, reconnaissance des décisions : chaque dossier international a ses pièges. Le cabinet MCDP vous aide à définir une stratégie claire dès le départ. Discutons de votre situation.
Article rédigé par Maître Marie-Camille de Polignac, avocate aux Barreaux de Paris et de New York, en droit de la famille international.